Alors que je descends de mon train en gare de Montparnasse, je manque de chuter dû au croche-patte involontaire d’un homme pressé remontant le quai.
Remontée moi-même devant l’impolitesse de l’importun, je le suis du regard et de l’oreille, guettant un balbutiement d’excuses ou un coup d’œil confus qui ne viendront pas.
Ce que j’observe en revanche est plus intriguant.
Mon importun, un quarantenaire aux cheveux rares gris et trench-coat de bonne et chère facture, est suivi, voire escorté, d’un autre usager, quarantenaire lui aussi, sans réel signe distinctif, pendu à son téléphone.
« Il ne s’arrête pas, s’affole l’usager. Il refuse de s’arrêter ! »
L’importun marche d’un pas rapide de compétition et l’usager peine à l’escorter, son téléphone toujours vissé à l’oreille et le souffle court. L’usager tente de retenir l’homme par la manche mais sans jamais l’empoigner, avec hésitation, prudence. Sans jamais manifester visiblement sa peur, son inquiétude, pourtant parfaitement audibles au téléphone.
L’usager n’a aucun signe de flic en civil, mais il est assez passe-partout pour l’être. En est-ce un ?
Est-ce au contraire le secrétaire d’un PDG s’apprêtant à donner toutes ses actions à sa maîtresse ou son maître-chanteur ?
Est-ce un neveu voulant empêcher son oncle de signer un testament le déshéritant au profit de Cunégôde l’ânesse des Pyrénées ou Galswinthe la tortue de Floride ?
Est-ce un assistant cherchant à ralentir son patron député en route pour une interview Grand Déballage avec Médiapart sur le traffic d’armes ou de prostitués de son cabinet ?
Les possibilités sont infinies.
Dans les faits, après avoir perdu de vue mes deux compères dans la gare, 4 soldats Sentinelle se mettent subitement en branle et se précipitent dans un recoin.
Il n’y a certainement aucun rapport, et encore moins de chances que ce rapport soit néfaste, mais pendant une seconde on s’interroge et on presse le pas.

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