Elle – la quarantaine apprêtée, des cheveux noir corbeau qui doivent tout à un coiffeur des beaux quartiers, une moue mécontente soigneusement peinte-, est assise sur un des sièges longeant les vitres du métro, tournant le dos aux autres passagers, concentrée par son polar de poche.
Lui – proche de la cinquantaine-, est très grand. Chargé d’un vieux pépin rafistolé avec un élastique et de deux sacs en plastique bien pleins, il se laisse déséquilibrer par le départ du métro alors qu’il s’assoit à côté d’elle.
Bousculée malencontreusement, elle est poussée hors de son siège et jette un regard noir à son voisin.
Il se confond en excuses.
Le visage fermé, elle se rassoit et lui tourne derechef le dos.
Un joueur de crincrin monte dans le wagon. Il a la peau mate, les cheveux blancs et les rides du sourire. Alors qu’il joue une ballade sur son vieil instrument, il remarque une coquette de son âge.
Assise dans un carré, elle applique méticuleusement son fard à joue sur sa peau ombrée et son rouge à lèvres, les yeux rivés sur son miroir de poche.
Tout occupée à sa beauté, elle ne prête aucune attention au violoniste qui a cessé de jouer pour nos porte-monnaies. Il ne joue plus que pour elle.
Lorsqu’il passe à côté d’elle, elle applique une nouvelle couche de fard sur ses paupières bridées.
Il descend du wagon. Elle n’a rien remarqué.

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