« Non, mais arrête, je suis plus d’accord. Ça suffit maintenant. C’est plus drôle. Tu me lâches. » Dit-elle en arrivant, morte de rire, sur le quai.
Difficile de la prendre au sérieux, cette très jeune femme, qui gambade sur le quai, s’éloigne de 2 mètres du garçon qui la suit, puis revient.
Quand c’est non, c’est non. Mais non, c’est aussi ne pas tergiverser.
On n’y comprend rien, lui non plus, même si lui visiblement, non est un mot qu’il ne veut pas entendre.
Du coup, il continue de lui parler.
Et elle, toujours entre deux rires : « Arrête, j’te dis. Quelqu’un pour m’aider ? Un homme ? Une femme même ? »
Et toi, t’es là et t’hésites. Parce qu’elle rit. Parce qu’elle le tutoie. Parce que tu sais pas si elle blague. Parce qu’il a pas l’air bien méchant.
Erreur. Erreurs.
Son rire, c’est visiblement un mécanisme de malaise.
Elle le tutoie, mais elle a son âge, et parfois, à 18/19 ans, on ne maîtrise pas encore les barrières de la langue.
Parce qu’elle ne blague pas.
Parce qu’un mec qui menace de mettre des gifles à une fille parce qu’elle répond pas comme il veut à ses avances ne rentre plus dans la case du « pas bien méchant ».
La fille n’est pas seule, elle a une copine avec elle, qui préférerait qu’elles gardent leurs distances avec le « relou pas bien méchant mais violent en puissance ». La copine intervient et dit clairement au mec de les laisser. Mais le mec n’a pas envie de l’écouter, il aurait plutôt envie de la pousser sur les rails, si ses gestes sont à croire. Et comme la fille préfère lui expliquer que : « Non, vraiment, c’est pas que, mais, elle a un mec, et qu’est-ce qu’il dirait s’il la voyait parler avec lui ? » 😧, le mec continue de ne pas la lâcher.
La copine s’éloigne, agacée par l’attitude de la fille qui préfère parlementer pour faire comprendre au mec que vraiment, elle veut pas. Mais elle surveille la scène et appelle la fille : « Viens ! Mais laisse-le ! » En vain.
Cinq secondes sans exclamation, sans réclamation.
Mais le mec ne digère pas que la fille ait fait un esclandre, ait attiré l’attention sur lui, sur eux.
L’homme est atteint dans sa dignité de mâle. Ce n’est plus vraiment une simple histoire de drague qui vire au harcèlement sexuel, à moins que ça ne soit ça la définition du harceleur : le dragueur indigne et indigné.
Voilà la fille qui court à reculons devant le mec menaçant : « Non, tu vas pas me mettre une gifle ! Arrête ! Tu vas pas me gifler ! »
L’amie, les usagers se raidissent, font un pas, tout le monde se retourne vers la fille et son agresseur. Elle s’est bien éloignée de 10 mètres, lui sur ses talons. C’est loin 10 mètres.
Et le train arrive.
Dans la cohue des gens qui descendent, on la perd de vue un instant. Le train s’apprête à repartir, la fille et sa copine sont montées, aux mêmes sons de « TU ME LÂCHES ! » Mais un jeune usager qui descend a tout compris en une seconde et empêche le type de monter et de les suivre. Il ne le lâchera pas jusqu’à ce que le train soit parti.
Évidemment le type est furieux et ne veut rien entendre. Le jeune usager se fait bousculer. Nous ne sommes plus nombreux sur le quai, 4, 5 personnes max. Mais le type est vraiment furieux contre l’usager. Alors que ma moitié tente à son tour de calmer l’agresseur avant qu’il en retourne une au jeune usager, avec une dame nous ne savons que faire.
Je fonce à l’accueil mais il n’y a pas un agent en vue. Nulle part. Et appeler les flics pour ça, et bien j’ose pas.
Je suis pas certaine qu’ils se déplaceraient pour des agressions empêchées, à dire vrai.
On est dimanche soir, à la gare de Clichy-Levallois, et on est passé à côté de drames physiques, mais on s’est pris de pleine face des drames émotionnels.

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