Il fait beau, il fait chaud, un p’tit gars décide probablement que c’est insupportable et arrête de vivre sur les voies de ma gare.
Je ne vais pas me plaindre, ce n’est pas pour moi que les pompiers et le Samu sont venus et si je dois faire un détour pour me rendre au travail, j’avais de l’avance et ça me permet d’espionner les usagers du RER A.
Montée à Auber, un petit bout de mamie s’installe sur un strapontin et se met à vilipender son correspondant :
« Non t’achètes pas ça ! NON !… Une cafetière sans moteur, c’est de la merde !… De la merde ! »
Sauf que le correspondant de la vieille dame est dans sa tête. Le doute s’installe face à sa virulence, et puis elle n’a pas du tout le look à parler dans un kit main-libre. Sa voisine de strapontin s’écarte le plus possible, comme si la sénilité était une maladie contagieuse et le businessman qui lui fait face la regarde tel un gamin devant la roulotte de la femme à barbe.
Le train s’arrête à Charles-de-Gaulle-Étoile. La voisine excédée descend. À sa place monte et s’installe un type un peu dégingandé, aux cheveux poivre et sel mi-long.
À peine assis sur le strapontin le voilà qui déclame, avec force gestes à l’appui, en allemand sur « Al Capone und die moderne Mafia ». Le trajet est long jusqu’à La Défense, mais grâce à ce monsieur, nous sommes au théâtre.
Tous ne s’en amusent pas bien sûr, et certainement pas la vieille dame qui n’apprécie que moyennement que l’on puisse parler plus fort et mieux qu’elle.
Descendue sur le quai à La Défense, elle joue du coude, et surtout de la canne, pour doubler tout le monde et prendre d’assaut l’escalator.
En gare de Versailles, une sexagénaire chic et souriante parle fort et vite. Encore une autre ? Ah non, elle s’adresse juste à sa copine 4 mètres plus loin.

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