Quand le souvenir de mes petits trolls passés s’invite dans mes chroniques ferroviaires.
Monte dans le train en gare de Versailles une harde de Versaillaises dans toute leur splendeur : carrés classiques pour les plus humbles, coupe courtes pour les plus assidues chez le coiffeur, manteaux de laine noirs ou bleu marine, chevalières de famille et alliances obligatoires. Elles sont 7 et en attendent d’autres. Elles sont en partance pour un programme chargé avec de la marche au programme (et mon imaginaire s’égare : les inégalitaires de la si mal-nommée ‘Manif pour tous’ seraient-ils de sortie aujourd’hui ?).
Elles sont rejointes par l’amie de l’une d’elle qui s’empresse de faire les présentations : « Voici Machine, dont le mari est auteur de livres pour enfants (sic). Ah, et qui, elle, travaille dans une banque. » Car oui, au 21ème siècle, il arrive même aux Versaillaises d’avoir un emploi rémunéré.
La nouvelle venue précise les titres du mari, tout en insistant bien que c’est pour les enfants, comme s’il y avait quelque chose de honteux à vivre de sa plume, comme si c’était un passe-temps. Au vu de la carrière prolifique du mari, on sent la rancoeur de Madame, toute moue hypocrite. Banquière, elle a épousé un publiciste de formation qui a préféré illustrer ses histoires plutôt que travailler comme graphiste pub.
Le sourire forcé qui ne quitte pas un instant les lèvres de la nouvelle venue me rappelle quelqu’un et un petit tour sur le net confirme son patronyme : voici la mère d’une de mes anciennes élèves. Je n’aurai jamais cru que cette étudiante – fervente partisane de la Manif pour tous, étalon à l’aune duquel on jugeait le style « Tu-peux-baver-tant-que-tu-touches-pas-et-que-tu-repens-tes-pensées-impures-à-la-confess » montée sur ses talons de 10 cm et aux mini-jupes à faire frémir un Barbarin-, avait un papa romancier doué dans l’humour et la critique catholique.

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