Chronique imaginaire

Mon train est calme ce soir et les gens gardent leurs conversations pour eux. L’occasion pour moi de m’essayer à la chronique ferroviaire inventée.

Avec comme contraintes volées à la réalité :

« Qu’est-ce que tu veux que j’te dise ? »

Une bouteille de Candy’up au chocolat. 

Un sac à main rouge.

C’est parti :

D’un pas déterminé, il saute dans le train et vient se laisser tomber sur la seule place libre du bout du wagon. Il a peut-être 20 ans et cache ses rares cheveux (et ses écouteurs) sous une casquette de hipster à l’envers.

Parce qu’il aime être à l’aise, il s’installe confortablement sur son siège les jambes bien écartées, par nécessité croit-il (ses ex sont unanimes – cette croyance est infondée). Ses voisines pestent plus ou moins silencieusement. La jeune trentenaire élégante serre contre elle son sac main rouge, assorti à son chemisier, et essaie de retrouver une position confortable, coincée entre la fenêtre grasse et la jambe invasive du nouveau venu. La grand-mère, assise de l’autre côté, a soudain l’impression d’être Jeanne d’Arc : la voilà qui entend des voix maintenant. La faute aux écouteurs du garçon dont le crépitement audible vient causer des interférences avec son sonotone.

« Quelqu’un m’a dit quelque chose ? » demande la grand-mère aux autres passagers.

Quelques têtes se secouent en signe de dénégation. Celle du jeune homme se balance de bas en haut, au rythme de sa musique.

« Vous m’avez parlé ? » insiste l’octogénaire.

Mais le jeune homme ne l’entend pas et elle se saisit de ses aiguilles à tricoter pour tapoter la jambe masculine pressée contre son bas filé. Son attention attirée, le garçon regarde sa voisine, le sourcil interrogateur.

« Qu’est-ce que vous m’avez dit ?

– Qu’est-ce que tu veux que j’te dise ? »

Devant l’incompréhension de sa voisine, il finit par détourner la tête et étend un peu plus ses jambes, bousculant du pied le businessman harassé qui tente désespérément de faire tenir ses courses sur l’étagère de rangement du train. Déséquilibré, l’homme s’agrippe à la seule chose qui dépasse pour ralentir sa chute : la hanse d’un sac de commissions. Le sac glisse vers l’homme et les courses basculent vers les passagers.

La grand-mère lève ses aiguilles à tricoter pour se protéger et la jeune femme, son sac rouge, mais le plus gros des courses s’abat sur le jeune homme confortablement étalé.

« Woof! » gémit-il sous le choc.

La bouteille transpercée par une aiguille à tricoter, du Candy’Up se déverse en pluie chocolatée sur l’indélicat passager.

Moralité : garder vos cuisses de votre côté et vos jeans ne seront pas tachés.

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