Comme à la maison

Dimanche soir, retour à l’internat après un week-end de pont exceptionnel.

Deux étudiantes en première année viennent déposer leurs cartes de présence.

« J’ai toujours un peu l’impression d’être à la maison quand j’arrive ici.

– À la maison ? Non, mais non. La maison, c’est la maison, ici, c’est… c’est… c’est pas la maison ! »

Comme quoi, pour certains l’expérience de la prépa, c’est le goulag, et pour d’autres, c’est plus sympa.


26 degrés affichés toute la journée, il fait chaud sous les toits de l’internat. Du coup, pour nos premières années de retour de week-end, l’heure est au déshabillage.

Une élève s’en vient récupérer un aspirateur au bureau, 3 étages à grimper avec ‘R2D2’* à bout de bras. Elle est toute motivée d’avance, et toute rouge aussi. En dépit de son simple t-shirt et de son mini short ample.

Je la taquine un peu sur sa tenue, elle m’explique que c’est son troisième voyage – entre les valises, la carte d’interne à poser et l’aspi à remonter -, et qu’à chaque voyage, elle fait tomber un vêtement. Vu ce qui lui reste, je lui déconseille un quatrième aller-retour ou je serai obligée de grogner. Elle rit.

Je la revois 15 minutes plus tard, ayant effectué ce quatrième voyage. T-shirt, check, short, check, mules marocaines toutes neuves, check. Ouf, la bienséance est sauve.

Mais voilà ma petite poupée qui insiste pour que j’observe sa colocataire et que je lui dise quelque chose. Ah oui, c’est vrai, c’est encore plus court ce short-là.

« Mais il fait chaud dans la chambre.

– Je m’en doute.

– Et puis, il est aussi long que le sien, c’est juste que le mien est moulant. »

Et les voilà de comparer, en tirant un peu sur le short pour montrer que oui, si on veut, ils ont la même longueur (ou plutôt qu’ils sont aussi courts l’un que l’autre).

« Bon, tant que c’est pour l’internat, parce que c’est pas très long tout ça.

– Il pourrait être plus court. » Joignant le geste à la parole, elle remonte son short.

« Oui, mais là, c’est plus un short, c’est un slip. Allez, filez ! »


*Les aspirateurs fournis aux étudiants ont été baptisés, par nos soins ou par ceux des prépas.

L’un s’appelle R2D2, du fait d’une certaine ressemblance avec un célèbre droïde. Chanel, anciennement N° 5, repose au cimetière des aspirateurs. Un petit bleu, lui aussi disparu, s’est vu débaptisé de Schtroumpf en Pikachu, par une prépa probablement amatrice de Magritte.

Quand aux quatre plus récents, A, B, C et D, ils se sont vu attribuer les identités de quatre célèbres faiseurs de ménage : Aladin, Buffy, Cendrillon et Dexter. Avec une petite déco personnalisée : un portrait et une citation. Sauf que nos élèves sont des bébés de la coupe du monde 1998, donc Buffy, pour les 3/4 d’entre eux, c’est juste une tête de fille blonde. Alors dans le carnet d’emprunt, elle est régulièrement débaptisée : Bouffy, Muffy, Barbie voire aujourd’hui, « fille ».


Fin d’année oblige, nos étudiants en première année (les ‘Sups) redemandent l’internat pour l’année prochaine. C’est un moment assez amusant pour les surveillants, qui voient défiler des élèves terrifiés à l’idée d’avoir pas mis le bon papier des impôts et d’autres, tous relax, qui rendent le dossier une semaine après la date limite.

« T’es pas un peu en retard, toi.

– Non, mais c’est pas de ma faute. » Avec un grand sourire dentifrice. « J’avais pas eu le papier.  » À d’autres. « Et puis, il est un peu mal fichu votre formulaire, y a une case oui ou non en haut.

– C’est celle qui est réservée à l’administration.

– Ben, j’ai coché oui. Comme ça, c’est bon, j’ai l’internat. » Re-sourire de fantasme de dentiste.

Pour l’internat, je sais pas, mais pour la confiance, c’est bon, c’est fourni.

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