Le samedi midi, deux « bandes de jeunes » bien différentes prennent d’assaut le train de Versailles pour Paris.
Les premiers sont des lycéens, vaguement racailloux sur les bords (Versailles tout de même). Ils sont 6, cinq garçons en mode jogging-casquette et une fille. Ça chahute, ça s’exclame, ça s’aborde à coups d’insultes. Ils sont à l’autre bout du wagon, mais je suis aux premières loges.
La fille se fait chambrer et draguer, mais elle a du répondant, un copain qui n’est pas là et sait tenir ses 5 potes à leur place.
« Mais ton copain, il fait quoi ?
– Du sport.
– Nan, sérieusement.
– Il fait du sport !
– Lui ? Du sport en chambre, ouais. »
L’autre bande est un peu plus âgée et, contrairement à ce qu’on pourrait attendre, moins discrète. Ils sont cinq, 2 mecs, 3 filles. Ils ont 25 ans, les filles sont bien cernées, bien marquées, un peu rock-grunge. Ils boivent leurs bières et mettent de la House à fond sur une enceinte.
La première bande descend, chahutant toujours.
« Oh, les boloss ! S’exclame l’un des étudiants.
– C’est des gamins.
– Bof. Ils sont nés en 1999, ils ont 17 ans.
– 99 ? Ils ont 14 ans, non.
– Non.
– Ils font 14 ans en tout cas.
– Mouais. À Amsterdam, j’me fais cartée. Mon frère de 18 ans, il passe sans problème. Mais moi, cartée. »
Le train continue sa route. Ils continuent de discuter :
« L’autre fois, je me suis pris une amende de 170€… On rentrait de soirée, vers 7h30, j’ai voulu monter dans le métro alors que les portes se fermaient. J’ai balancé ma jambe et les portes se sont fermées dessus. En plus, c’était la 1, elles étaient doubles. J’avais deux énormes bleus, je pissais le sang, personne ne m’a aidée et mes copines, elles ont rien capté, trop occupées à essayer de pécho un mec. 170€, sérieux. »
« Tu te rends compte, le mec, il porte des couches. Il a 18 ans et il porte des couches, » s’exclame une des filles.
« C’est le Père Lachaise, » affirme un des mecs, alors que le train passe devant le cimetière de Suresnes/Puteaux.
« Tu vas voir, le train va s’arrêter en pleine voie, prédit son pote
– Et je vais voir des licornes roses, aussi ? »
Le train s’arrête effectivement 200 mètres plus loin, mais je cherche toujours la licorne rose.
« Et l’annonce ? Et le respect ?
– Non, mais on est plus à Versailles, y a plus de respect… C’est de la séquestration.
– Bon, l’annonce, elle arrive ? Le train repart ?
– Y a une licorne qui se balade sur les voies. »
Le train arrive à La Défense, le groupe s’apprête à descendre.
« Putain, j’ai envie de pisser.
– Moi aussi, j’ai une de ces envies de pisser.
– J’te pisse à l’arrêt ! »

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