La tête haute

Fin de week-end, le train de Versailles est bondé, les strapontins sont occupés et le soleil réchauffe frileusement les vitres.

Tout est calme, les gens lisent, d’autres écoutent de la musique et certains rêvassent. Pas de conversation téléphonique intrusive, pas de discussion animée.

Le nez dans les derniers chapitres de Sexpowerment, mon esprit s’évade sur des questions de représentations et d’éducations.

« FERME TA GUEULE! »

Les têtes se tournent d’un même ensemble, les bustes se redressent.
Un homme invective une jeune fille, de l’autre côté du wagon. Il est remonté, odieux, agressif et insultant.
Les torts de la jeune fille ? Bonne question.

Visiblement, sa présence déplaît fortement au quinqua fatigué par sa journée.
D’elle, on n’entendra que deux phrases, criées avec rage : « Mais ça suffit ! » et « Monsieur, ne me parlez pas ! »

De l’homme, en revanche, florilège des agressions verbales :

« Vous m’emmerdez ! »

« Ferme ta gueule ! »

« J’ai travaillé toute la journée, moi, c’est pas pour me faire emmerder dans mon train. »

« Elle est hystérique. »

« Elle est pas éduquée. »

Entre temps, il y aura une gifle. Des cris. Les passagers se lèveront, diront à l’homme de se calmer, l’un le forcera à se rasseoir. L’homme ne se fera pas débarquer. Les yeux resteront fixés sur lui pendant quelques minutes, à l’affût du moindre dérapage, prêts à intervenir.

3 arrêts plus loin, l’homme recommence à invectiver la très jeune fille, qui est pourtant restée sagement sur son strapontin. Elle poussera sa deuxième protestation.

Une femme se lèvera et se placera entre la fille et l’homme, le dos tourné vers l’agresseur, permettant à la jeune fille de finir son voyage en paix.

Lorsqu’elle descendra, deux arrêts plus tard, accompagnées de ses deux copines, le jeune fille se tiendra toujours la joue et gardera la tête baissée.

La tête haute, mademoiselle. Tu n’as rien à te reprocher.

Tu es tombée sur un raté-de-conception. Peut-être raciste, peut-être vieux con, peut-être machiste, peut-être un mélange des trois.

Il te traite d’hystérique parce que tu réagis quand il te met une gifle. De mal éduquée, parce que tu ne te comportes pas en paillasson.

Relève la tête, mademoiselle. Ce soir, c’est tout un wagon qui était derrière toi.

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