Malgré une décennie passée à Paris dans un milieu culturel branché, je me refuse au snobisme de la fiction – La lutte contre le snobisme tout court est un combat qui me travaille de temps à autre.
Pour mes 12 ans, devant mon désespoir face à une section jeunesse de la bibliothèque familiale explorée sous tous les recoins, ma mère me passa ses propres livres. Je me souviens avoir dévoré Huis clos et Les Mains sales de Sartre et Les Magiciennes de Boileau-Narcejac en deux petites semaines. L’été suivant, je m’attaquais à L’Idiot de Dostoïevski et échouais sur La Condition humaine de Malraux.
Maintenant, je fournis ma grand-mère en romances Harlequin, dont les 4ème de couvertures se ressemblent comme deux cellules monozygotes et je suis ravie lorsqu’elle me raconte ses journées où elle chronomètre le temps qu’elle accorde à ses lectures pour être sûre de faire durer son stock. Pour une femme que je n’ai jamais vue ouvrir un livre avant le décès de mon grand-père, j’appelle ça une jolie évolution. Et tant pis si ma grand-mère rechigne à lire d’autres romans plus populaires, plus branchés, moins niaiseux. Elle lit et, si cela veut dire que j’ai développé une perturbante connaissance des schémas fictionnels récurrents des éditions Harlequin, ce n’est pas vraiment un prix remarquable à payer .
En tant que scénariste, je m’extasie devant la saison 1 de True Detective et rêve d’écrire un bijou similaire un jour. En tant que spectatrice, je peux m’attarder devant à peu près n’importe quelle fiction si le propos ne m’hérisse pas les poils et si la mise en scène ne me donne pas la nausée. Ce qui laisse un champ d’action assez large.
Tous les ans à cette période, et ce depuis 4 ans, je regarde Candice Renoir sur France 2. J’avais eu l’occasion de rencontrer Robin Barataud qui m’avait donné envie de jeter un coup d’oeil sur ce projet. La fraicheur et la candeur de l’héroïne m’avait plu et j’étais restée.
Mais là, depuis l’épisode 6 de la saison 4, la scénariste et la spectatrice qui m’habitent se déchirent.
Si la scénariste apprécie que la saison 4 tente (et ne réussit pas trop mal) l’exploit de mettre vraiment à terre (voire dans une strate pétrolifère) son héroïne dans l’espoir de la rendre plus forte, elle digère moyennement la chute du dernier épisode diffusé. Alors que la spectatrice jubile, 5 secondes, avant de réfléchir au merdier qui s’annonce.
ATTENTION SPOILER !
En saison 2, un ship avait été créé, plutôt maladroitement, entre Candice et son adjoint. La saison 3 jouait sans trop de difficultés avec cette tension amoureuse.
J’apprécie d’autant plus cette idée de romance qu’elle met en scène une femme plus âgée que son amoureux sans attirer l’attention sur ce point. Candice n’est pas une cougar, Antoine n’est pas un gigolo. Ce sont juste deux personnages attirés l’un par l’autre, deux âmes soeurs. C’est joli et c’est prenant.
La saison 4 continuait d’utiliser cette danse faite de pas en avant et de pas en arrière, de regards tentés et d’effleurements savourés. Jusqu’à ce fichu épisode 6.
Mais qu’est-ce qui a bien pu prendre aux scénaristes pour utiliser l’excuse du déplacement professionnel pour faire fauter (et agir) les deux amoureux ? C’est aussi désastreux, scénaristiquement et structurellement parlant, qu’une déclaration d’amour alcoolisée. C’est un prétexte catastrophique, en désaccord avec les caractérisations des personnages.
Vous me direz, c’est pas trop mal amené. Mouais, pourquoi pas, passe encore… Mais c’est surtout très mal barré. Où va-t-on aller maintenant ?
Le pouvoir d’un ship repose sur sa faiblesse. Les spectateurs veulent voir leurs héros concrétiser leur relation amoureuse et affronter leur tension sexuelle, mais nous savons tous, depuis X-Files et Loïs et Clark, que tout ship consommé équivaut à la mort de la série (ou la création plus ou moins bancale d’un nouveau ship).
Alors si, en plus, on consomme un ship sur un mauvais prétexte scénaristique, autant diriger le navire sur un iceberg et s’envoler en hélicoptère en laissant l’équipage et les passagers en galère.
Candice, je t’aime bien, mais si tu te mets à ressembler aux romances de ma grand-mère, je vais m’arrêter à tes résumés.

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