Dernière ronde du soir. L’étage des deuxièmes années garçons est un peu agité. Cela peut se comprendre, ils ont eu leurs (très bons) résultats d’X et l’ENS.
Petit rappel des règles : on ne parle pas dans les couloirs, mais dans les chambres portes fermées et, sinon, on chuchote. Mais comme je passe, des têtes sortent.
C’est curieux comme tout à cet âge-là, ou, surtout, ça cherche une excuse pour faire une pause entre les maths et la physique.
Un de mes trolls-rock’n’rolleurs est sur le seuil de sa chambre et, l’attention attirée par les feuilles étalées à terre, j’y jette un coup d’oeil.
« Ah, ben dis-donc, c’est pas très propre tout ça.
– Et surtout, je refuse de faire son ménage ! ajoute sa copine.
– Encore heureux, t’es sa copine, pas sa mère et il a deux mains et un cerveau, il devrait savoir sans servir. »
Sur ce, un autre interne (appelons-le E) passe devant la porte.
« Rhooo, il a une fille dans sa chambre ! »
Avant même que j’ai eu le temps de hausser les yeux au ciel, un autre étudiant s’exclame en remontant le couloir :
« Et c’est toi qui dit ça ?!
– Moi ?! » E. fait l’innocent à moitié outré.
« Oui, il a pas tort, t’es mal placé pour parler.
– Mais j’ai rien fait moi.
– Surtout les vendredis soir…
– Tu es conscient qu’on se parle entre surveillants ? » (Je dirais pas qu’on commère non plus, mais on s’informe, quoi…)
« Ah… Je pensais qu’il avait oublié. » Et voilà, E. qui sourit, fier quand même d’être mémorable.
Effectivement, on oublie pleins de choses, mais rarement les élèves dont nous interrompons le sport en chambre.

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