Chronique ferroviaire #11

Ils sont assis côte à côte dans le train et ne pourraient pas être plus différents.

Elle est blanche, il est noir. Elle a dépassé la soixantaine, lui la trentaine. Il porte des dreadlocks soignées qui descendent jusqu’aux fesses, elle a un carré court méticuleusement teinté en orange pour cacher ses cheveux blancs. Elle s’habille dans un style indémodable : du vieux. Il est vêtu d’un baggy et d’une veste ample kaki d’inspiration militaire, ainsi qu’un béret mauve tricoté.

Elle arbore fièrement son alliance, ses deux bagues en or, ainsi qu’un pendentif en diamant ; lui exhibe une médaille, représentant deux mains serrées, accrochée à un ruban tricolore.

Elle a les mains parcheminées, parsemées de tâches de vieillesse, mais pas une ride sur un visage anormalement lisse. Sa bouche, repulpée, rehaussée d’un carmin criard, lui donne un air de canard, duck-face involontaire.

Tous les deux sont plongés dans leur lecture, elle, le hors série du Monde, lui, son smartphone.

Ils ne se voient pas, ne réalisent même pas que l’autre est là. Ils ne savent que le contraste qu’ils présentent est joli et plein d’espoir. Deux passagers qui s’ignorent, si différents et pourtant si semblables.

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