Une maman en boubou africain prend place dans un carré du train avec sa petite fille. Elle est polie, enjouée et volubile. Peu discrète aussi, ce qui arrange ma plume et agace mes oreilles.
Sa petite n’a pas dix ans, une robe rose et des bijoux de princesse en plastique qu’elle perd et qu’une voyageuse lui ramène.
Maman chante et entraîne sa fillette à l’imiter. Sur l’air bien prenant de « Sonnez les mâtines », la voilà qui entonne un chant chrétien.
« Jesus is my friend. » Répètent-elles, à qui mieux mieux.
L’athée et l’agnostique qui m’habitent se battent, partagés entre critique d’un lavage de cerveau tenace et précoce appelé éducation et foi parentale et attendrissement face à l’enthousiasme de la fillette. Mes oreilles saignent néanmoins.
La maman chante avec un accent déplorable, mais la fillette s’en sort mieux. « Isssss my inimi. Isss my inimi… » scande la mère. « Isss my enemy », rétorque la gamine.
Le trajet est long entre Bécon et Saint-Cloud et les deux couplets bien peu variés. Et « Sonnez les mâtines » s’installe dans mon cerveau pour le reste de la soirée.
Mon absence d’oreille musicale m’empêche de porter un jugement sur la justesse du chant, mais je m’interroge. L’intention est louable d’enseigner l’anglais à son enfant, mais n’est-ce pas une erreur d’enseigner une langue dont on ne maîtrise pas les sonorités ?
Ma professeur d’anglais de 3ème exigeait de nous que nous parlions avec « un chewing-gum dans la bouche ». Ajoutez à cela qu’elle avait un accent marseillais bien tranché et vous pouvez imaginer les dégâts.
Étant une gamine appliquée et faisant confiance aux professeurs, j’avais fait de cette règle un commandement divin. Je parlais anglais en gonflant la bouche et en arrondissant tous mes mots.
Bilan : pendant le reste de ma scolarité, mes professeurs d’anglais se refusaient à m’interroger à l’oral, ne souhaitant pas devoir gérer les fous rires que mon accent provoquait.

Laisser un commentaire