Tous les ans, pour ce week-end, c’est la même chose : direction la Picardie, en train… Le jour du Prix de Diane.
Tous les ans, un aller-retour dans un train de banlieue archi-rempli par la grosse bourgeoisie, la vieille France, les apprentis snobs de tous bords, les filles à marier, les arrivistes et les amateurs d’escalades d’échelle sociale et de coups de soleil.
Un voyage passé à prendre son mal en patience entre les orteils écrasés par les talons aiguilles bien peu adaptés aux pelouses de Chantilly, les torticolis pour éviter les trajectoires malhabiles des chapeaux des élégantes (kof kof) et les oreilles saoulées par les conversations hautement passionnantes de petites dindes en quête de Prince Charmant friqué au pedigree impeccable.
Oh sûr, cela laisse quelques sourires, comme cette file de passagers s’amassant face aux contrôleurs sur la voie annoncée alors que sur le même quai, mais sur la voie d’à côté, le passage est libre. Ou, comme, en accord avec une météo hivernale, les candidates au concours beauté Miss Pedigree Chapeautée ont toutes revêtu des robes automnales et des borsalinos de feutre, à mille lieues des critères habituels de soies colorées et coiffes en pièce-montée de tulle et plumes.
Un train bondé peuplé d’une basse-cour piaillant à qui mieux mieux. Et un retard qui s’étire sans une annonce : 10 minutes, 15 minutes.
« En raison d’un problème d’ordre de conducteur, notre train est toujours à quai. »
Sans blague.
Le conducteur prend la parole une minutes plus tard et se défend : « Suite à un problème de préparation du train, notre train annonce un retard de quinze minutes. Mais comme elles sont déjà dépassées, comptez entre 5 et 10 minutes supplémentaires, le temps que l’on reçoive l’aval du centre de contrôle. »
Et toi, tu es là, au milieu d’une basse-cour de dindes déterminées à te faire partager la dernière cuite de Charles-Édouard, l’halus valgus de grand-maman, leur méconnaissance des favoris des courses, le mariage à venir de la fausse meilleure amie qui leur a sorti un pipeau pour passer la journée avec elles, et tu rognes ton frein.
Dans 20 minutes, tu rejoindras ta belle-famille comme tous les ans depuis que le décès de ton père à toi te prive d’une bonne excuse pour venir une autre fois.
Les joies de la fête des pères en Picardie…

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