Contraste

Elles sont deux et attendent au feu rouge l’autorisation de traverser. Elles arborent toutes les deux le Jilbab, ce voile porté sur tout le corps et dégageant le visage. Je découvre ce terme aujourd’hui, jilbab, un mix entre le hijab, le simple voile couvrant les cheveux, et le niqab, l’habit sombre ne laissant que les yeux apparents.

Mes parts féministe, égalitaire virulente et laïque n’apprécient pas vraiment le voile en général. Mais tout humain étant caractérisé par les contradictions qui l’habitent – un Carambar à celui qui me trouve une contrepèterie digne de ce nom dans cette phrase -, je tempère ma révolte par un grand amour pour le respect de la liberté de chacun.
Bref, passons, la problématique du voile ne fera pas débat dans cette chronique.

Elles sont donc deux, arborant fièrement leur Jilbab, et ne pourraient pas si différentes l’une de l’autre.

L’une est petite – elle doit péniblement atteindre le mètre cinquante -, ronde – ma vipère de grand-mère dirait ‘aussi large que haute’ -, et porte un jilbab d’un améthyste éclatant. On lui donnerait tout aussi bien 40 que 60 ans. C’est elle l’Alpha de ce duo, elle parle avec les mains, marche d’un pas assuré et guide son acolyte d’un bras ferme.

L’autre a de faux airs de famille avec la Camarde. Elle est très grande (le mètre 80 est largement dépassé) et très, très sèche. Son jilbab noir ne s’éloigne de la tenue de la Faucheuse que par de fines broderies de dentelle blanche en bord de manches et de capuchon. Elle n’a pas trente ans, mais ses traits anguleux la vieillissent. Elle est l’incarnation de l’expression anglaise « a plain girl », mélange incongru entre Mary Bennet (Jane Austen) et Madame Sarfati (Élie Kakou).

Elle écoute son amie d’un air absent, concentrée par son curage méticuleux des narines avec ses longs doigts décharnés.

Devant ce tableau me voilà regrettant plus que jamais de ne pas savoir dessiner.

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