Qui dit nouvelle année, dit « Pot des Intégrés » : en clair, le retour pour une matinée de nos anciens élèves.
Tous les ans, c’est un peu le grand capharnaüm à cette occasion. Parés de leurs uniformes ou des pulls à l’effigie de leurs écoles, les anciens prennent d’assaut le lycée pour taquiner leurs anciens sups et saluer leurs profs, quand ils ne chahutent pas les nouveaux. Ça entre dans les salles de cours pendant la classe, chante à tue-tête, fait des bisous aux profs, kidnappe les copies, bref, ça redonne au charivari ces lettres de noblesse pour une journée.
Mais vigipirate oblige, on n’entre pas dans le lycée comme dans un moulin. Et aujourd’hui, on n’entre pas avant l’heure officielle.
Au portail, nous assistons à l’arrivée de nos petits trolls chéris, qui découvrent à leur grande stupeur que non, ils n’entreront pas comme ça et que oui, ils attendront deux heures devant les grilles. Alors ils se rassemblent de l’autre côté de la rue, patientent, papotent, se racontent leurs rentrées à coups de grandes embrassades et éclats de rire. Et inutile de sortir sa vieille carte d’étudiant pour filouter la surveillance, j’y suis et je les connais bien.
Alors ils patientent encore un peu, jusqu’au moment où ils sont 150 et où ils se sentent pousser des ailes et traversent la rue. Une surveillante à la porte, une autre à la grille et 150 gamins déterminés à entrer. L’équation est facile, nous n’avons aucune chance. Sauf que même si je les appelle des trolls, ce sont mes petits trolls. Ils sont foncièrement gentils. Alors ils s’arrêtent devant mon mètre vingt poids plume et chantent. « Laissez-nous entrer, laissez-nous entrer… »
Et pendant une heure, ils parlementent, tentent de nous soudoyer, me chahutent et me dédient leurs chansons paillardes. Ils bénéficieront d’une ristourne d’un quart d’heure sur l’horaire et moi, j’aurai bien rigolé.

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