Elle est jeune, la trentaine, bien apprêtée – certains diraient chic. Son maquillage est parfait, ses bas ne sont pas filés, ses bijoux brillent, bref elle fait jeune bourgeoise.
Il est du plutôt du genre « vieux beau » : la cinquantaine, en costard beige, un borsalino négligemment posé sur des cheveux poivre et sel. Il porte une chevalière imposante à la main qu’il pose en propriétaire sur le genou de la demoiselle.
Elle se raidit imperceptiblement, puis s’empresse de poser sa main sur la sienne et lui sourit. Si elle ne s’était pas fugitivement tendue à son geste, on croirait son sourire sincère. Lui le croit en tout cas et joint sa deuxième main, emprisonnant d’un geste « tendre » les doigts de sa compagne.
« Oh, j’ai oublié… est-ce que je pourrais… aller voir Michael ce soir ? J’en aurais pas pour longtemps, promis. »
Il est 21h et cela l’ennuie : « Pour quoi faire ?
– Je lui ai promis que je passerai voir son nouveau restaurant… Je resterai une heure. Pas plus. Au maximum, s’empresse-t-elle de justifier.
– Si c’est une heure, d’accord. »
Si ce n’est la différence d’âge, rien ne transparaît sous le vernis glacé. Et pourtant…
Elles sont un groupe de six secrétaires de mairie, ou quelque chose d’approchant. Elles ont visiblement été libérées plus tôt du travail et en profite pour se rendre chez une amie. Elles papotent joyeusement.
Un SDF vient vendre des magazines pour subsister.
« Il est tout le temps dans ce train, explique l’une d’elle. Des fois, il vient avec sa femme. Il est là à lui dire : bouge pas ! attends-moi ! reste avec moi !
– Pas toujours facile.
– Non… La dernière fois, j’en ai vu un remonter le train sous les yeux hilares du contrôleur. Il répêtait : J’ai besoin d’argent pour mon billet. Si vous avez un euro ou quinze euros, je suis preneur.
– Un euro ou quinze ? rien que ça…
– C’est son baratin habituel, il paraît qu’il le fait tous les jours. En tout cas, il faisait bien rire le contrôleur… Y a un type qui a voulu lui donner quelque chose, pas grand chose, sa monnaie, mais bon. Et l’autre l’a engueulé, que c’était pas assez.
– Moi j’aurais repris ma monnaie.
– C’est à te dégoûter de donner, des idiots comme ça. »

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