Il arrive souvent qu’au bureau les garçons soient en infériorité numérique et parfois les conversations, sans les exclure, ne les incluent pas vraiment. Ce soir-là nous revendiquions une seconde de futilité existentialiste pré-MLF.
« Wahou, tes cheveux ont vachement poussé.
– T’as vu ?
– Moi, faut que je les coupe. Ils sont trop longs, ils ressemblent plus à rien.
– Tu vas faire quoi ?
– Je pense un carré plongeant…
– Pas un octogone fuyant ? » s’étonne le seul mâle avec aplomb.
Un peu plus tard, je croise deux de mes trollchoupettes dans un couloir et si la conversation s’égare de nouveau vers des réflexions capillaires – l’une attend d’avoir les cheveux aux genoux pour faire don de sa chevelure abondante à une association-, elle ne tarde pas à aborder le sujet sensible du moment : le froid.
Certes, les gants sont rangés et les bonnets n’ont plus qu’une utilité esthétique relative, mais voilà, ils frissonnent dans l’internat :
« On a froid.
– On a très très froid. Il faut qu’ils remettent le chauffage.
– Heu, comment dire, la dernière fois que vous aviez froid et qu’ils ont augmenté le chauffage, il faisait moins 5 dehors. Là, il fait 13. Rêvez pas, ils le remonteront pas comme ça.
– Mais il fait trop froid. Hier, je me suis relevée pour mettre ma serviette de bain sur mon lit, par dessus ma couette et mon plaid. J’ai grelotté toute la nuit, alors que je dormais en sweat.
– Ah ah, moi, j’ai deux couettes comme ça j’ai pas froid. Et puis de toute façon, j’ai Varignon ! » La taquine sa camarade, propriétaire d’une peluche géante de mathématicien.
« Et avec ça, t’es pas gamine, ironise la frileuse.
– Hé ! Qui c’est qui dit toujours que l’âge c’est dans la tête et qu’il faut pas s’empêcher d’être gamin ? »
Prise en défaut, voilà ma frigorifiée qui se bouche les oreilles en secouant la tête et en chantant ‘lalalalala’.
Est-il encore utile de rappeler qu’il s’agit de post-bacs ?

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