J’habite une rue en travaux : nouveaux immeubles, nouvelles canalisations, nouveaux trottoirs, nouveau bitume. Pas un mois ne se passe sans que de nouvelles palissades apparaissent ou que les anciennes se déplacent. Ça fait un an que j’habite là, que ça dure et visiblement j’en ai encore pour quelques mois.
N’ayant pas de voiture, la disparition des places de parking ne me fait ni chaud ni froid. Et la présence des barrières sur la moitié de la route force les automobilistes à respecter, à défaut du 30km/h obligatoire de ma ville, un petit 50/60 km/h qui me change du 80 habituel.
Ces travaux, on s’en accommode et l’on découvre chaque semaine qu’il y a une infinité de possibilités pour faire 50m dans une rue droite.
Aujourd’hui, une petite mamie nonagénaire remonte le trottoir entre deux passerelles et douze palissades. Derrière elle, un monsieur rentre des courses, les bras chargés. Un sac plein à ras-bord de chaque côté pour s’équilibrer, il en impose. Quant à mamie, elle affiche l’embonpoint de ceux qui ne peuvent plus faire autant de sport qu’ils souhaiteraient.
Toute gentille, elle lui fait mille politesses.
« Mais passez, jeune homme. »
L’homme sourit sous ses cheveux blancs.
« Passez, je suis pas pressée. J’ai tout mon temps. »
Le problème des travaux, c’est qu’on se croise difficilement sur les passages aménagés. On peut juste avancer en rang d’oignons. Et mamie se tient sur une passerelle encore plus étroite.
Alors, plus mamie insiste pour que le jeune quinquagénaire la double, plus il se marre.

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