Des traverses abandonnées et une étoile fugueuse

Il est 5 heures, ma ville dort encore.

Pas un chat dans les rues. Sauf la mienne qui jaillit sur le balcon une fois la porte ouverte alors que je m’apprête à prendre le 1er train. Un chat rentré plus tard, me voilà enfin partie.

Le quai de ma gare est occupé par quatre usagers, la plupart en route pour le boulot et une quarantenaire de retour de soirée en quête d’une feuille à rouler.

À part le ballet des locomotives de fret poussant les Intercités jusqu’à la gare parisienne voisine, tout est calme.

Aucune conversation à espionner, de scène à croquer.

Sauf cet éclat doré de l’autre côté des voies. Dans la pénombre, on ne distingue qu’un monticule de gravats, de traverses et une masse blanche. Et cet éclat doré qui s’agite. 

Ça a tout d’une couverture de survie et, situé en prolongement de la longue masse blanche, dépeint un tableau lugubre de polar : un corps emballé dans des sacs à gravats dont seule la tête, mobile, serait protégée des intempéries par une couverture de survie.

Mais il fait doux et sec, et les couvertures de survie doivent faire de mauvaises armes de suffocation.

Un train passe et éclaire la « scène de crime » : la vérité est tout autre. C’est un ballon de parc d’attraction, une grosse étoile dorée dont le fil s’est pris dans le grillage. Alors à moins qu’il ne s’agisse de l’indice de l’emplacement d’un trésor (butin de braquage ou cargaison de Viagra de contrebande), ce n’est qu’un élément de poésie urbaine.

Il est 5 heures, ma ville s’éveille.

Laisser un commentaire

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑