Dans l’antichambre du King

Il a la trentaine, d’un style assez passe-partout, jeans troués délavés, veste bleue un peu coupe vent, barbe d’une semaine et lunettes Levi’s. Il revient de voyage à l’étranger et arbore des rangs de perles de bois autour des poignets, ainsi qu’une double chaîne en argent à grosse maille. Il est poli face à la vendeuse de fast-food qui le sert, avant de s’éloigner avec bien en vue sur l’épaule son tote-bag : « T’as pas du gloss ? »

Elle a une petite quarantaine et attend son tour dans la queue du fast-food en compagnie de son jeune fils. Elle porte une perruque qu’elle a confiée aux bons soins d’une coiffeuse maladroite. La coupe est franchement inégale sur l’arrière avec des écarts de 5 à 10 cm. Et son balayage blond porte les traces d’une récente bagarre avec un fils graffeur en herbe : une belle traînée de feutre rose orne en effet la chevelure synthétique.

C’est un punk en fauteuil électrique. Il a un pied cassé, une chemise hawaïenne verte et jaune, les cheveux rouges gelés en pics et des lunettes de soleil façon inventeur fou Steam-punk.

C’est une très jolie jeune femme noire, avec une perruque à la garçonne qui met en valeur des traits fins et réguliers et une robe ajustée imprimée en l’honneur de la déclaration d’indépendance du Congo. Elle éternue souvent, en prise au rhume des foins, et se tourne vers moi : « Bonjour, excusez-moi de vous déranger mais pourriez-vous me donner un mouchoir ? »

Elle est toute surprise que j’en sois dépourvue, visiblement le paquet de mouchoirs fait partie de l’attirail obligatoire des sacs à mains parisiens.

Ils se croisent tous un dimanche soir à Saint-Lazare.

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