Contrastes en côte d’usure

Le train s’ébranle en gare de Vintimille, laissant derrière lui le paradis des vacances, les adorables voisins, les militaires italiens et leurs chapeaux à plume et les centaines de mineurs soudanais prêts à tout pour gagner l’Eldorado.

La mer est limpide et calme, irisée par ce doux soleil matinal. Au loin, un navire impressionnant attire l’attention.

« Qu’est-ce que c’est que ce monstre ? Un paquebot de croisière ?

– Humm ?

– Il est un peu petit pour un paquebot. Un yacht ? Il est franchement gros, si c’est un yacht.  »

Le train s’approche de Menton et du monstre marin.

« C’est un yacht.

– Ça fait mal au cœur. »

Le train s’arrête à la première gare après la frontière. Une minute, deux minutes, cinq minutes.

Des CRS fouillent mécaniquement le train. Leurs yeux jaugent les bagages imposants, à l’affût non pas du colis suspect mais du noir téméraire. Un carreau à la main, ces chasseurs de migrants déverrouillent toilettes et armoires à agrès.

Le train repart, la soldatesque bredouille sur le quai, et longe les plages à palmiers où s’ébat le vacancier insouciant.

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