Quand descendu du train, te voilà à l’aéroport à attendre ton bus :
L’escale dure deux heures, deux heures pendant lesquelles un nombre incalculable de voyageurs passent sous mes yeux.
Il y a cet homme immense, aux longs cheveux blancs cachés sous un chapeau de grosse paille. Son corps longiligne bronzé est quelque peu dissimulé par sa tenue estivale : un petit pull marin coupé court au-dessus du nombril et un short en jeans moulant s’arrêtant en haut des cuisses.
Il y a cette petite chipie, prête à tous les caprices pour attirer l’attention de sa mère harassée par sa nombreuse progéniture. Vêtue d’une robe de demoiselle d’honneur ivoire, elle promène sa couverture doudou en polaire rose princesse. À quatre pattes dessus, elle la traîne sur le sol carrelé de la salle des pas perdus comme d’autres une serpillère.
Un caniche tenu en laisse trotte derrière sa maîtresse acariâtre. Bichonné de près, toiletté depuis peu, il a le port altier et le poil brillant. Un parfait caniche de mémère à concours. Si ce n’était pour cette étiquette collée, telle une crotte oubliée, au pelage de sa queue fringante.
Un très jeune homme, habillé des pieds à la tête aux couleurs du Bayern de Munich, voyage léger, suivi d’un bagage cabine à roulette et, en bandoulière, d’un baise-en-ville Vuitton.
Il y a ce joli derrière moulé dans un short échancré comme un string et cette main timide qui tire nerveusement sur le tissu pour l’allonger.
Il y a cette valise orange habillée d’un maillot de bain une-pièce illustrant la faune et la flore marine.
Et cette touriste blonde un peu trop rouge de soleil qui arbore fièrement sa tenue estivale, short et chemisette imprimée façon Douanier Rousseau, et porte une sacoche « Côte d’Azur », un sac à main « French Riviera » et une pochette de calissons.
Une petite fille vêtue d’un pyjama d’extérieur escorte une paire de vieux Niçois clichés – mamie peroxydée en pré-obésité et papy clone blanchi de Christian Clavier. La grand-mère se dirige vers une rangée de sièges vides – pour cause, ils sont très clairement marqués comme réservés à une certaine clientèle à la mouvance difficile.
« Mais c’est pour les handicapés ! » proteste la pitchoune en freinant des pieds.
« Et pour les enfants ! » assène mamie d’un ton sans réplique.
« Non, c’est pour les handicapés !’ insiste l’enfant, sûre de son bon droit.
Mais mamie l’ignore, l’installe et s’empresse de s’asseoir à côté d’elle.
C’est alors qu’arrive l’employée de l’aéroport, un fauteuil roulant replié devant elle.
« Est-ce que vous avez besoin d’un fauteuil ? » demande-t-elle poliment, sans une once d’ironie.
La vieille la fusille du regard : « Non ! »
Car oui si l’obésité peut être handicapante, la connerie et l’égoïsme ne sont pas remboursés par la Sécu.

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