La vieillesse n’est plus ce qu’elle était

Milieu d’après-midi, le train entre en gare.

Sur le quai, une jeune femme s’empresse d’ouvrir la porte à la petite dame qu’elle voit se préparer à descendre. Son voisin, un mufle dynamique profite de l’ouverture des portes pour s’engouffrer dans le wagon, au nez des autres usagers, certainement terrifié à l’idée de ne pas avoir de siège pour 3 minutes de trajet.

Une fois la voie libre, la petite dame faisant fi de son âge canonique, de ses cheveux blancs et des préjugés quant à sa mobilité, sautille sur le quai et virevolte vers la sortie.


Ils sont un petit couple de touristes septuagénaires en vadrouille dans Paris. Montés dans la 12 à Pigalle, ils aimeraient bien s’installer ensemble. Ils sont frêles et dynamiques sous leurs cheveux rares et blancs. Mais surtout ils sont aimants l’un envers l’autre.

Malheureusement, si une passagère s’empresse de se décaler pour leur laisser des sièges en amoureux, le vieux monsieur n’a guère le temps de rejoindre sa compagne, qu’une parisienne à la trentaine ingrate prend possession de la place. Malgré un siège libre et isolé de l’autre côté de la rangée.

L’outrage n’est pas loin pour les autres usagers, mais le couple d’amoureux continue de se regarder dans les yeux et n’en a cure. Et tant pis si le mouvement du métro rend le trajet jusqu’aux strapontins quelque peu chancelant.

Aussitôt vissée à son siège, la parisienne s’empresse de se plonger dans un roman sur les grandes plaines américaines, les commissures de sa petite bouche pincée résolument pliées vers le bas, sa main serrant son sac à s’en faire blanchir les articulations.

Les deux touristes américains se sont rejoints sur les strapontins, elle est nichée contre lui, il a posé sa main protectrice sur son genou. Ils profitent.

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