Certains de mes trolls s’étant égarés sur ces pages, l’un d’entre eux à tenu à me raconter une anecdote surprise récemment. La voici en son honneur :
C’est un square où trois petites jeunes filles passent le temps. Âgées une douzaine d’années, elles sont à cheval entre l’enfance que l’on rêve de quitter et l’adolescence que l’on craint d’affronter.
Une audacieuse se tient sur un muret surplombant des buissons un mètre cinquante plus bas. Devant son auditoire plus ou moins attentif, elle insiste « Cap ou pas cap ? » et finit par obtenir l’assentiment d’une de ses copines : « Cap ! »
L’aval donné, voilà l’audacieuse qui s’élance et bondit avec enthousiasme dans les buissons.
Et mon petit troll bien ennuyé qui s’interroge. Les règles ont-elles changé ? Si tout le monde parie que l’action sera menée, à quoi bon parier ?
Il y a de cela quelques années, une très jeune fille trouvait à son goût l’un des mecs de sa bande : à 14 ans, il était blond, grand… et con comme on est excusé de l’être à cet âge-là. À 13 ans, la petite adolescente se contentait de le couver du regard et d’en parler à ses copines. Copines qui le trouvaient tout aussi charmant. Mais rien n’empêche de partager, tant que l’on aime à distance.
L’été bat son plein, les adolescents passent leurs vacances entre cabanes dans les bois et boums dans les garages des parents : 3 filles, 4 garçons, les boums tournent court et les cabanes lassent vite. Tout est bon pour tuer le temps.
Cap ou pas cap de déclarer sa flamme au bellâtre blond ? décide un matin l’une des copines.
Cap, bien sûr, affirme la rêveuse, tout en repoussant l’échéance à la prochaine boum. Et de respirer plus librement lorsque ladite boum est repoussée aux calendes grecques.
« On avait dit qu’on lui disait aujourd’hui ! proteste l’impatiente
– Non, on avait dit qu’on lui disait à la boum, riposte la rêveuse
– Et la boum, ça devait être aujourd’hui ! Donc on lui dit aujourd’hui.
– Non, c’était pas ça le deal.
– J’m’en fous, moi, je lui dis.
– Vas-y, tant que tu lui dis que pour toi, ça me gêne pas. »
L’activité du jour : cabane dans un nouvel arbre, perdu au fond des bois. Mais l’arbre est bien trop petit pour abriter plus de deux charpentiers à la fois et les adolescents s’éparpillent tout autour.
Voilà l’impatiente, déterminée à déclarer sa flamme, qui cherche par tous les moyens à s’isoler avec le bellâtre. La rêveuse et la troisième copine observent le manège en se faisant dorer au soleil.
« Romain ! interpelle l’impatiente.
– Quoi ? répond l’adolescent, blasé.
– J’peux te parler ? »
Le bellâtre hausse les épaules et se résigne à rejoindre l’impatiente, escorté par son petit frère et son meilleur pote.
« Ah oui, mais non, tout seul.
– Oh non, tu me gonfles. »
Les garçons s’éloignent, l’impatiente ronge son frein, les deux filles s’en amusent.
« Romain ?!
– Quoi encore ?
– Faut que je te parle… Seul.
– Non. »
Il n’y met pas du sien. Sans ses gardes du corps, peut-être n’ose-t-il pas approcher de cette gamine de 12 ans qui lui arrive à l’épaule.
Plusieurs fois le manège se reproduit, et à chaque fois, il refuse de lui parler sans ses copains. L’heure tourne, midi sonne au clocher, il est temps de rentrer. L’impatiente est déçue, le bellâtre et ses potes rassemblent leurs affaires pour s’éloigner et les copines se tordent de rire.
« De toute façon, tu y arriverais pas mieux que moi ! s’énerve l’impatiente.
– Chiche ? ose la rêveuse.
– T’en serais pas cap.
– On parie ? »
L’impatiente hausse les sourcils et la troisième copine se marre : tout le monde le sait bien que la rêveuse est timide et ne prend jamais de risque. Pas cap.
Sauf que…
« Romain ! » appelle la rêveuse de sa plus forte voix.
« Putain, mais quoi encore ! » tonne l’adolescent trente mètres plus bas.
« Je t’aaaaaaaaaaaiiiiiiime ! »
Le bellâtre mouché en perd son sifflet, les garçons se marrent et la rêveuse se tourne vers ses copines. Cap !
Le bellâtre abandonné à ses parents pour le déjeuner, la rêveuse s’éloigne avec ses camarades. Le meilleur pote, un peu plus âgé et franchement plus dégourdi, s’improvise mentor.
« Tu sais, c’est pas comme ça qu’il faut s’y prendre avec les garçons.
– Ah… ?
– Oui. Il fallait lui demander s’il voulait sortir avec toi. »
La rêveuse s’arrête net et, d’un ton catégorique, rétorque : « Mais je veux pas sortir avec lui ! »

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