Chronique ferroviaire #15

C’est une Indienne d’une trentaine d’années, plutôt jolie, dans un style assez discret à l’exception du gros monogramme bling-bling de ses lunettes de vue.

Elle est au téléphone et murmure à son amoureux : « On se voit tout à l’heure… Non, je suis pas un chat. »

Elle répète plus fort d’un ton d’institutrice sévère : « Non, je suis pas un chat ! »

Avant de baisser de nouveau la voix et la main devant le bouche de s’excuser, mais que non, vraiment, elle n’est pas un chat.


Ils sont assis côte à côte sur la ligne 9. Ils portent tous les deux un manteau faussement vintage de (fausse ?) fourrure. Elle est grande, plutôt fine et parachève sa tenue d’un béret Kangol rouge vif résolument 90s. Il porte un slim, des chaussettes à rayures et a les cheveux soigneusement coupés et méchés. Ils parlent en anglais et mangent des brugnons. On les croirait échappés d’Only Lovers Left Alive.


L’heure de pointe est dépassée, les conversations se laissent exister dans les trains de banlieue. Un homme et une femme sont assis côte à côte, ils ont l’habitude de prendre le train ensemble, malgré leur jeune âge de quarantenaires, ce sont des vieilles connaissances.

« Hier soir, au repas, qu’est-ce qu’on a mal mangé, gémit l’homme.

– Ah bon ?

– Ouais, c’était gras, c’étaient des chips.

– Des chips ? Au repas ? Des chips et quoi ?

– Juste des chips.

– Sérieux, à ta boîte ? Dis-moi que c’était quand même pas du Leader Price.

– Non, plus classes, mais grasses.

– Des Vico, quoi. Le bilan est si mauvais que ça ?

– Même pas. On a un très bon bilan.

– Imagine, s’il avait été mauvais, ça aurait été quoi ? Une Vache qui rit et un Babybel ?

– Franchement, ça aurait été mieux. »

Le train repart sur le dernier tronçon, la conversation reprend.

« Et vous, les chiffres, ça va ?

– Ah ben oui, y a jamais eu autant de pauvres, explique la dame qui travaille dans un organisme de HLM.

– Et t’aurais pas un appart de 100 mètres carrés avec vue sur Paris ?

– Non, ça j’ai pas. J’ai qu’un 85 mètres carré. »

Qu’un 85 mètres carré, ma gueule.

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