Une discussion sur les mérites des automobilistes européens voit un groupe d’amis débattre des nationalités des pires conducteurs. Si les Parisiens sont tout d’abord pointés du doigt, rapidement un consensus est atteint : les pires, ce sont les Niçois, ayant hérités des torts des Français comme des Italiens. Les meilleurs ? Les Suisses aimeraient bien le titre, mais… Mais l’un des Suisses présents se voit obligé de casser le mythe et raconte sa rencontre routière avec l’un de ses compatriotes.
Temporairement délesté de sa moto suite à un accident et frileux à l’idée de remonter sur un deux-roues, on lui prête un vieille 205 toute pourrie dont le seul avantage est d’avoir passé récemment l’équivalent du contrôle technique suisse. Fait important pour la suite, elle est aussi équipée d’un « attache-caravane » maison, soit une plaque de fonte de 50 cm par 50 cm soudée au châssis.
Malgré son âge avancé et sa médiocrité, la Peugeot le dépanne bien pendant quelques temps. Jusqu’à la veille du contrôle technique suivant. Parfaitement conscient que la voiture ne le passera pas une nouvelle fois, notre ami Suisse se résigne à l’amener à la « déconstruction », soit la casse helvète. Le voilà en route, au volant de sa fidèle épave, lorsque un feu tricolore passe à l’orange. Personne ne le colle, il freine et s’arrête, sans piler car la voiture ne le permettrait pas. Et là, CLANG !
Un regard rapide dans le rétro le rassure, il n’y a personne derrière. Visiblement la 205 n’attendra pas la casse pour se démanteler, mais qu’à cela ne tienne, le feu passe au vert et le conducteur repart. Pour être suivi par un concert de klaxons furieux et d’appels de phares frénétiques. Au premier parking, le conducteur s’arrête et voit arriver les 9/10è d’une Ferrari.
L’automobiliste de la voiture de sport est jeune et furieux, et exige que la police soit appelée. Comme en Suisse, si les flics se déplacent sur un accident de la route sans incident corporel, leur déplacement est facturé assez cher au conducteur en tort, notre ami Suisse s’étonne : il sait parfaitement qu’il est dans son bon droit – son seul tort et encore, ne pas avoir vu la Ferrari dans son rétro une fois que celle-ci s’est encastrée dans sa 205. C’est bas une Ferrari. Mais comme le conducteur du bolide est insistant, les policiers finissent par arriver.
« Contrôle des papiers des véhicules, messieurs. » Le conducteur de la 205 s’exécute, pas celui de la Ferrari : les papiers, il ne les a pas. Mais ce n’est pas ça le plus important, non le plus important est que Monsieur lui a cassé sa Ferrari.
« Monsieur s’est arrêté à l’orange ! »
Notre ami Suisse n’est pas un jeune coq qui glapit plus fort qu’il ne pense, alors il cherche calmement à expliquer au jeune conducteur, qu’au changement de couleur du feu, il s’est arrêté puisqu’il le pouvait, comme le code de la route le prescrit.
« Mais non, c’est pas ça la règle ! s’emporte le jeune coq. Quand le feu passe à l’orange, il faut accélérer et passer si on peut ! »
Tête de l’ami Suisse. Et têtes des gendarmes helvètes.
Sur ces entrefaites, arrive le père du jeune coq, le véritable propriétaire de la Ferrari. Évidemment, il ignorait que son fils lui avait emprunté son véhicule, du moins jusqu’à l’appel catastrophé du fiston.
« L’appel ? s’interroge un gendarme. Et quand cet appel a-t-il eu lieu ? »
Le père est trop furieux par l’état de sa voiture et l’injustice qu’il subit pour réfléchir et répond sincèrement que son fils l’a prévenu immédiatement après l’accident.
« Donc, alors qu’il était au volant, » note le gendarme.
Papa coq et petit coquelet exigent que les voitures restent immobilisées le temps que leur avocat arrive.
Sauf que c’est pas que notre ami Suisse n’est pas diverti par le spectacle, mais l’heure tourne et il n’a plus que 2 heures pour amener sa voiture à la déconstruction où il a rendez-vous. Les gendarmes, hilares, lui donnent l’autorisation d’y aller, et papa coq explose, traitant les officiers de tous les noms d’oiseaux.
À l’heure qu’il est, notre ami Suisse se demande encore à combien la facture a pu monter, parce qu’outre les travaux sur la Ferrari (capot, phare et aile droite), papa coq et petit coquelet ont dû se voir signifier des amendes pour non maîtrise du véhicule, mise en danger de la vie d’autrui, téléphone au volant, appel intempestif à la police, défaut de papiers, insultes et menaces à agents. Bref une belle journée sur les routes du pays aux vaches mauves.

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