Le métro, cette aventure ?

Un vendredi soir, sur la 12, je partage mon trajet avec deux jeunes hommes venus du bout du monde. Ils s’appellent Farid et Habiboula, ils ont 20 et 21 ans et ils sont Afghans. Ils sont passés, entre autres, par l’Iran, la Turquie, la Bulgarie, l’Allemagne et l’Italie avant d’arriver en France en 2016.

Deux soirs par semaine, ils apprennent méthodiquement le français. Farid se débrouille plutôt pas mal, Habiboula débute mais s’obstine à rester dans le groupe de son ami, pas question d’être séparés, pas question non plus d’être distancé, même si cela veut dire apprendre l’alphabétisation, l’orthographe et la grammaire en même temps.

Ce soir-là, ils prennent la 12, plus pour continuer de parler français que pour rentrer chez eux dans le sud-est de Paris. Ils prennent en photo la ligne de métro pour être sûrs de se repérer. Je souris devant leur débrouillardise.

« Quand je pense que lorsque que mon beau-frère avait votre âge et que, pour sa correspondance à Paris, sa mère m’avait demandé de venir le récupérer à Gare du Nord pour l’escorter jusqu’à Gare de Lyon, et puis, je vous vois, vous, qui parlez à peine la langue, qui découvrez l’alphabet. »

Farid traduit à son pote et ils rigolent de bon coeur.

« J’ai une amie en France, m’explique Farid à moitié en français et en anglais, qui vient des montagnes, là-bas, en Afghanistan. Elle est pas du tout bien avec la technologie, le GPS, elle comprend pas, son téléphone, elle s’en sert que pour appeler. One day, she calls, she’s lost. Je lui dis de me passer quelqu’un pour m’expliquer où elle est. Je comprends et lui dit que je vais venir la chercher. Je vais dans le métro et je cherche, je cherche, mais je trouve pas le nom sur la ligne. Je demande à quelqu’un, je lui dit que je cherche la station ‘Marseille’ et là, il m’explique en riant que Marseille, it’s not in Paris, it’s another city. J’ai appelé mon amie et je lui ai dit que je serai pas là de suite. »

Soudain Habiboula me demande : « On parle la langue français dans les banlieues ? »

On parle verlan aussi, mais je suis pas sûre de comprendre sa question. Il reprend :

« À Paris, on parle la langue français, mais outside Paris ? Dans les banlieues ?

– Oui, on parle français en dehors de Paris. On parle français dans toute la France.

– Que français ?

– Et anglais parfois, ou les langues qu’on apprend à l’école. Et puis après, tu as les dialectes ?

– Les quoi ? »

Je les perds là et essaie de leur expliquer qu’en Bretagne, on parle aussi le breton, et en Provence parfois, le provençal.

« On peut les apprendre à l’école, mais sinon, y a plus que les personnes âgées qui le parlent. C’est de la culture du pays. Et en Afghanistan, on parle quoi ? Le pachtoune ?

– On a deux langues officielles, le pachtoune et le dari. Mais il y en a bien plus, dans chaque région.

– Ah ben voilà, c’est ça les dialectes. »

Ils ont l’âge de mes petits trolls, mais pourtant leur maturité, leurs attentes et leurs expériences de la vie sont à des années lumières de celles de mes adorables prépas.

 

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