I know what you did that first year

La première année aux pays des petits trolls était riche en surprises. L’une d’entre elles m’a particulièrement marquée.

Un mois après la rentrée, un soir, minuit, je suis dans mon lit dans ma chambre de service. Tout est calme. Versailles dort, mes trolls sont discrets, mon couloir de deuxièmes années, silencieux. Je somnole tranquillement lorsqu’un bruit me ramène à la réalité. On tape à ma porte.

J’ouvre la porte, m’inquiétant déjà à l’idée d’une gastro intempestive qui m’obligerait à gérer des évacuations de fluides désagréables et une élève préférant les bras maternels à mes piteuses tentatives de réconfort. Je suis nouvelle dans les lieux et les étudiantes ne m’ont pas encore adoptée. J’ai leur âge, mais suis censée faire figure d’autorité. Une année de funambule en perspective.

Derrière ma porte, deux étudiantes effarées :

« V. Il y a un type avec un sabre dans la cour.

– Pardon ? »

Ma tête exprime le même effarement que mes élèves.

« Et il fait quoi ?

– Je sais pas, des moulinets ?

– Ah.

– On fait quoi ?

– Vous vous enfermez dans votre chambre.

– Et toi, tu fais quoi ?

– Je m’enferme dans ma chambre. »

Je suis bien embêtée, je n’ai aucun moyen de prévenir mes collègues, ma chef ou la direction, le seul téléphone à ma disposition n’a jamais été relié à une ligne fonctionnelle et tourne dans le vide. Appeler le 17 de mon portable personnel ne me vient pas à l’esprit. Je peux juste fermer la porte du couloir et croiser les doigts que les filles me fassent une farce.

Je reste aux aguets à l’affût du moindre bruit suspect et, d’épuisement, je finis par m’endormir d’un sommeil agité. Au matin, j’informe ma chef de l’évènement, qui en prend note, mais pense davantage à la farce qu’au drame à l’américaine évité de peu.

Quelques semaines plus tard, je discute avec des étudiants de première année dans le bureau et leur raconte cette anecdote. Et voilà pas le petit troll en face de moi de me répondre :

« Ah mais c’est moi, ça !

– Pardon ? Qu’est-ce que tu foutais avec un sabre, toi ?

– Pas un sabre, c’est un katana de bois.

– Et ? Pourquoi tu joues avec un katana dans la cour à une heure du mat ?

– Bah, pour faire mes exercices. Je suis champion de France de kung-fu. »

Tout s’explique, tout s’explique… Vous rêvez d’un slasher-movie ? Faites confiance à mes petits trolls.

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