L’heure du jeu

17h – traversée d’un des nombreux parcs botaniques de ma ville.

Les enfants s’ébrouent loin des leçons et des cartables, sous l’œil usé des nounous et mamans harassées.

Trois petits garçons de 7 à 9 ans s’installent à une table : un bac en plastique devant eux.

« Tu me défonces pas ! » Préviens l’un.

« Mais non, assure l’aîné.

– Hein que tu me défonces pas ?!

– Mais non, je suis gentil moi.

– Sûr ?

– Sûr. Est-ce que je t’ai déjà défoncé ? » Il se tourne vers le troisième enfant.

« Heu attends… » Le plus jeune réfléchit. « Non, jamais.

– Alors tu vois que je te défoncerai pas. »

Rassuré, l’enfant sort son petit robot électronique et l’installe dans l’arène de plastique. Paré pour le combat.


À quelques mètres de là, une dizaine d’arbres viennent de rejouer la Terreur. Guillotinés à un mètre du sol sans raison apparente, leurs troncs rappellent qu’ils ont vécu.

Un t-shirt rose, une lourde tresse de jais, et deux petits bras qui s’arquent, ondulent et tanguent au gré du vent. Et d’une chansonnette réinventée façon Disney. Juchée sur l’un des troncs, une fillette danse, héroïne de contes de princesses aux oiseaux imaginaires.


Elles sont six, assises sur un rebord de plate-bande. Six nounous noires aux visages marqués en pleine discussion. Six poussettes neuves leur font face, les abritant du soleil et des cris des gamins sur les jeux voisins. Six enfants blancs vont et viennent entre les bras des femmes, les poussettes et leurs désirs d’évasions.


Une petite puce cavale devant sa maman : elle n’a pas deux ans, des traits métisses, des yeux bridés.

« Attends-moi, attends moi ! » répète-t-elle en se retournant vers sa mère.

Maman la reprend : « Attention je vais t’attraper.

– Oui, attrape-moi, attrape-moi ! »

La fillette s’arrête, le regard attiré par la pelouse de stade voisin, sur lequel une équipe de foot s’apprête à jouer.

« Jouer !

– Non, pas maintenant, on rentre à la maison.

– Les enfants ?

– Ce ne sont pas des enfants, ce sont des jeunes hommes.

– Papa ?

– Oui, ils sont grands. Comme papa. »

 

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