Ils sont 4, trois fillettes et un garçon, réfugiés sur la banquette du fond du bus. Ils ont l’âge des genoux écorchés badigeonnés de rouge éosine, des chewing-gums bruyamment mâchés et des pieds qui tapent dans les dossiers – plus de 8 et moins de 13 ans.
Ils s’extasient devant la façade du Burger King ou analysent les relations marâtre/belle-fille.
« C’est pas ma tante, c’est la nouvelle femme de mon père.
– Ah, c’est ta belle-mère.
– Elle m’aime pas.
– Elle est jalouse de toi.
– Non.
– Alors, elle doit être jalouse de ta mère. »
Il y a Sarah, Yassine, Imen et Laeticia – « comme la femme d’Halliday » me dit-elle lorsque je leur demande d’arrêter de taper dans mon dossier.
« Et si on jouait au téléphone arabe ?
– Je commence et Sarah crie à son tour.
– Pas besoin.
– Elle peut. Elle est cap, elle l’a déjà fait. »
Autant j’aime bien les enfants qui s’amusent, autant la perspective de l’issue de ce jeu ne m’emballe que moyennement.
Son tour arrivé, la petite Sarah marmonne un mot. Difficile d’entendre quoi que ce soit si ce n’est des cris dans le brouhaha du bus, téléphone arabe ou pas.
« Je dois dire quoi ?
– Ce que tu veux. ‘Caca prout’ ou ‘Va te faire soigner’.
– En quelle langue ?
– En français. »
Le jeu reprend.
« Je sais, s’exclame Yassine son tour venu. C’est Caca ‘bruit de pet de bouche’ prout. »
Pourquoi faire compliqué ?
Sur le trajet du retour, trois heures plus tard, qui monte dans le bus ? Mes petits trolls – Sarah en moins -, leurs mamans et une grande sœur.
Laeticia chantonne et Imen, grand sourire, la tâcle : « Quand on chante comme une casserole, on ferme sa gueule ! »
Pas question d’en rester là, la guerre est déclarée. Les deux fillettes chahutent, Laeticia brandit le poing, Imen lui lèche le front. Laeticia abandonne.
Je ris. La petite Imen m’aperçoit. « Hé, y a la dame. » Toutes les deux me font un grand coucou.
Je descends à mon arrêt.
« Au revoir madame ! »
À la prochaine, mes terreurs du 54.

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