Un wagon de TGV plutôt calme en pleines vacances d’été.
Un chef de bord qui demande aux gens de ne pas entasser leurs valises devant les portes d’accès : « Pour les plus anciens d’entre vous, ça vous rappellera Tetris, pour les plus jeunes, il est temps de vous former à l’entassement de cubes dans des espaces restreints. »
Un bébé qui ne pleure que rarement, deux pré-ados qui s’amusent à coup d’énigmes et une gamine, Milla 6 ans, qui s’agite sur son siège auprès de sa mamie.
La voilà qui fait participer sa grand-mère à ses cahiers de vacances. Au programme une sorte de Petit Bac simplifié.
« Alors un film qui commence par L ?… »
Elle réfléchit trois longues minutes avant de lâcher, pleine d’entrain : « Je sais. Les Tuches 3. »
Elle est certainement trop jeune pour Les Liaisons Dangereuses, Les Visiteurs ou Lilo et Stitch, mais, quand même, Les Tuches 3…
« Un animal qui commence par L ?
– Un loup, répond Mamie immédiatement.
– Mais comment tu fais ? T’es trop forte, proteste la gamine. »
Mamie a juste 50 ans de plus – un avantage certain qui la convainc rapidement de laisser sa petite-fille répondre la première.
« Trouvez un peintre ou un sculpteur qui commence par la lettre T… Oh ben là, je vais pas trouver. J’en connais pas. Je connais que « Tableau Picasso ». Ah ben voilà, Tableau Picasso !
– C’est Pablo Picasso, avec un P, pas un T. »
La gamine est déçue, ça arrange pas ses affaires ce prénom là.
« Un fruit plus petit qu’une pomme qui commence par la lettre E ?… »
À l’heure qu’il est, mamie et petite-fille cherchent encore.
Escale en gare.
Un petit garçon de 8 ans rejoint son grand-père avec enthousiasme. Il n’a pas fait 10 mètres à ses côtés qu’il lui cite déjà tous les films qu’il a emmenés pour les regarder avec lui. « Alors on a La ruée vers l’or, Les Temps Modernes, Le Dictateur, Le Kid… »
Correspondance dans un train monté sur ressort qui roule moins vite que les voitures dans ma rue. Train blindé de touristes nantis d’énormes valises, au ratio deux valises pour un passager. Lentement, au rythme d’un respirateur artificiel, le Tire-Bouchon trace son chemin le long des batures, doublé de ça et là par les voitures des riverains.
Octave, 7 ans, voyage avec ses parents et Jean, un copain de son âge. Il râle de ne pas avoir pu aller avec Jean au bassin d’Arcachon – sa mère se contient et lui rappelle que lui était à Londres.
« Ouais mais j’aurais préféré. C’est pas juste. »
Non, en effet, c’est pas juste. Surtout pour les parents et le prix du séjour à Londres.
Il compare ses mains avec celle de sa mère.
« Elles sont petites.
– J’ai des grandes mains pour une femme.
– Ouais mais les miennes, elles sont douces. »
Le sourire de maman se fige. Bon, il accélère ce train ?
Dernière étape du trajet : le traversier où s’entasse Îliens et touristes sous le soleil tapant. Ils ont la vingtaine, une bière à la main et découvre le pont supérieur. Ils sont gais à l’idée de la finale en soirée. L’un, plus en verve que l’autre, s’exclame que la victoire est assurée, « les Croates vont se faire niquer ». Cinq heures avant le coup d’envoi, ce genre de fanfaronnade fait grincer des dents aux plus superstitieux. Il chante et re-chante, et toujours de plus belle nous fait à chaque fois ritournelle nouvelle.
Le port est en vue et le supporter se fige : et si les bleus ne gagnaient pas ? « Attends, s’ils perdent, je rentre sur le continent à la nage, avec des petits brassards. Aux couleurs de la Croatie. » Avant de descendre, nous lui faisons promettre de se filmer – qu’on ait une consolation quoi qu’il arrive.

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