Ma mère doit refaire ses lunettes. Ça dure depuis des mois, si ce n’est des années. Vu qu’elle est capable de passer dessus en jouant à 4 pattes avec son petit neveu, on pourrait dire qu’entre elle et ses lunettes, c’est une histoire d’amour ratée.
Elle se décide enfin à noter dans son planning de prendre rendez-vous auprès de son ophtalmo, un mec de sa génération avec qui elle adore parler oliviers. Après deux mois à tergiverser, elle s’y pointe un jeudi matin aux consultations libres.
La secrétaire est bien embêtée : « Il a un empêchement aujourd’hui.
– Ah et je pourrai venir quand ?
– Bah j’ai une annulation mercredi.
– Alors à mercredi. »
Et ma mère guillerette de s’en aller, bien contente d’avoir calé son rendez-vous. Elle va enfin y voir plus clair.
Le mercredi arrive, et avec lui, ma mère, au cabinet du médecin, un pot d’olives maisons sous le bras.
Mais la secrétaire est plus qu’embêtée : « Il est parti. »
Et devant l’air effondré de la secrétaire, ma mère comprend qu’il est pas juste allé chercher des cigarettes.
« Quand ?
– Hier.
– Ah.
– Arrêt cardiaque.
-Ah… »
Son pot d’olives a regagné l’étagère des pots d’olives et ma mère n’a toujours pas refait ses lunettes.

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