Les petits trolls, tous joyeux de leurs bons résultats d’admissibilité, sont de visite dans le bureau. L’ambiance est à la détente, les blagues fusent ou, dans mon cas, retombent lamentablement par terre. C’est bien connu dans le bureau, mon humour ne vole pas haut.
Aussi l’un de mes petits trolls ne peut s’empêcher de comparer l’humour des surveillantes présentes :
« H, c’est des blagues de films. C, c’est des blagues de cul…
– Comment ? proteste cette dernière. Tu parles d’une réput’.
– Et V ?
– Moi, c’est des blagues de merde. »
Le temps est à l’orage, l’air embaumé des lourdes senteurs des tilleuls en fleurs.
Derrière les vitres, les étudiants tentent désespérément de se concentrer sur les paroles du professeur, une dernière fois, une dernière semaine avant leurs ultimes oraux et la délivrance.
Dehors, les mini-trolls ont trouvé refuge sous les tilleuls centenaires et leurs petits frères. Même à l’ombre, l’absence de vent se fait sentir et les élèves restent léthargiques. Parmi eux, un petit groupe de 5èmes se séparent. D’un côté, quatre fillettes, entre 12 et 13 ans, de 120 à 150 cm ; de l’autre, un garçon et une fille.
Le duo s’éloigne de quelques pas pour se parler en secret. Dans le groupe des copines, la plus petite insiste lourdement pour les rejoindre :
« Mais je peux venir ?!
– Non ! répondent en choeur ses camarades. »
Son front se plisse, elle jette un regard noir au garçon, sa curiosité injustement brimée, avant de se tourner vers ses copines :
« Venez, on va boire ! décide-t-elle d’un ton péremptoire.
– Non !
– Non !
– Non ! »
Sa quête échoue avant même de commencer.
« Mais allez, venez, en plus c’est à côté ! » Elle fait un mètre vingt de joues roses, boucles blondes et tenue d’enfant sage. L’incarnation moderne des Petites filles modèles de Mme de Ségur. On lui donnerait la médaille de l’innocence et de la joliesse. Avec l’autorité d’un pit-bull.
Une des ses amies cède et l’entraîne en direction des sanitaires. Vingt mètres en plein soleil et sur le chemin, le duo qui s’échange des secrets.
La plus grande s’excuse : « On n’écoute pas. On passe mais on n’écoute pas. »
Mais si le garçon souhaitait s’entretenir à l’écart avec sa camarade, la demoiselle semble moins priser le secret, puisqu’elle s’exclame à haut et intelligible voix : « Non, mais ce n’est qu’un copain. Et puis je fais ce je veux, tu n’as rien à me dire ! »
Drame de jalousie avorté dans la cour de récré.

Rohh le pauvre ^^
J’adore ces histoires là
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